(Séance culte) Hardware de Richard Stanley au PIFFF – Paris International Fantastic Film Festival

Le PIFFF a projeté cette semaine Hardware en présence de Richard Stanley. Un réalisateur étonnant, à la filmographie courte mais culte. Hardware évoque la facilité qu’aurait une intelligence artificielle du type robot Google – dans une version complètement dégénérée – à remplir sa mission de « contrôle du taux de natalité ». Sorti en 1991 en France (Grande-Bretagne 1990), ce film est parvenu jusqu’à nous avec une mise en scène digne d’intérêt, qui transcende quelque peu la science fiction, pour la placer dans la catégorie des œuvres à l’esthétique de « vidéoclip au service d’une idée ». Un dépassement qui semble d’ailleurs nécessaire pour les films de genre.

Pygmalion, Galatée et Terminator

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Richard Stanley part du postulat que l’homme a créé des machines capables de tuer comme bon leur semble, déjà à son époque : dans les années 80, 90. Le futur pour lui était celui-là : une terre potentiellement post-apocalyptique, mais surement peuplée de machines autonomes, folles, programmées par un gouvernement (visionnaire?) d’extrême droite. Dans ce monde évidemment chaotique, l’amour perdure, et l’amour de Moses Baxter « Mo » est grand envers sa petite amie. De retour de mission, il rend visite à un ami ferrailleur et achète par hasard les restes d’un cyborg retrouvé dans le sable, pensant faire un cadeau génial pour Jill, sculptrice de profession. La suite est facile à deviner. La tête du cyborg n’est pas totalement éteinte. En plein état d’exposition artistique néo-punk, la bête se recomposera à l’aide des outils qu’utilise Jill dans son atelier, ainsi que n’importe quel fil électrique trainant au sol. Un spectacle qui n’a rien à envier à celui des réplicants de Blade Runner, ni à celui du robot de James Cameron. Le film de Stanley est dominé par une scène hallucinante de rêve conscient que vit Mo face à ce Terminator. Son arrivée fait l’effet d’une révélation : le film se dévoile et expose l’intelligence artificielle. On y voit la bête composer avec le délire humain dans un chahut incompréhensible de formes et de lumières. Une scène qui en plus d’inclure un Sabat Mater inédit fait preuve d’imagination remarquable dans la coordination du Stop motion avec les autres images proposées : dans la chambre en bordel, à l’extérieur, dans son esprit, dans l’effroi, à l’écran. Un moment d’exception.

La passion de Richard

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Luciano Pavarotti et le London Symphony Orchestra ne sont pas les seuls guest épatants de Hardware. Contre une caisse de Jack Daniel’s, il parvient à convoquer Lemmy, le leader de Motörhead, dans le rôle du chauffeur de taxi. Pour presque rien, il obtient les droits de la chanson The Order Of Death par le groupe Public Image Limited. Une tape amicale sur l’épaule suffit à rallier Carl McCoy du groupe Fields of the Nephilim. Et cerise sur le gâteau, Iggy Pop se joint à la bande pour animer la radio qu’écoute Jill et Mo dans le film (Angry Bob, DJ de la radio W.A.R).

Bien que cinéphile, Richard Stanley commence sa carrière par réaliser pendant dix ans des clips vidéos pour la télévision. Sa maîtrise du cinéma vient de là : savoir assembler un son et une image dans un cadre. Lorsque son heure sur le grand écran arrive, il est déjà au courant de tout. Il a eu le temps d’y réfléchir… Hitchcock (Psychose), Paul Schrader (La Féline) lui servent de base pour la photographie et la scénographie. Ridley Scott lui montre indirectement comment créer un monde futuriste. Et Dario Argento, aimable maître yoda pour Richard, s’entretient avec lui pour lui donner des trucs et astuces qui font peur aux spectateurs. Parmi ces conseils figure la suggestion. Stanley rapporte : « Il m’a dit qu’un doigt qui se coupe à cause d’un morceau de verre pouvait faire bien plus peur au spectateur qu’une tête décapitée. C’est pour cela que j’ai ajouté ce pied de Jill qui marche sur des bouts de verre. »

Sina Regnault

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