Exotica d’Atom Egoyan

Cinéaste canadien d’origine arménienne, né en 1960 au Caire, Atom Egoyan est baptisé ainsi en hommage au premier réacteur nucléaire d’Égypte. Son adolescence dans les années 70 est marquée par ses souvenirs, d’abord du Moyen-Orient puis de son père, avec qui il se brouille. L’Arménie était un mystère pour Atom. Il découvre ce pays à l’université après en avoir rejeté toute espèce de lien. Ce retour aux sources lui permettra d’être en phase avec lui-même : point de départ des artistes. Vers 20 ans, il écrit ses premières pièces de théâtre. 15 ans plus tard, il réalise Exotica, son 6e long-métrage.

Film à énigme, Exotica emprunte plusieurs chemins pour relater l’histoire d’une seule personne : Christina (Mia Kirshner). Autour d’elle, Eric (Elias Koteas), DJ et MC, fou amoureux d’elle, met en garde chaque homme s’en approchant. Son ennemi numéro 1, Francis (Bruce Greenwood) vient régulièrement l’observer danser. Thomas (Don McKellar), revendeur d’oiseaux rares, homosexuel, va, lui, chaque soir écouter Prokofiev à l’Opéra. Exotica déploie une trajectoire qui commence et se termine sur une seule image : Christina qui danse sur une chanson de Léonard Cohen – Everybody Knows.

Le fou au jardin des espèces

Christina est un prototype, et l’heureux bénéficiaire de ce modèle unique est l’Exotica, club de striptease du centre de Toronto. Un prototype qui revient trop cher pour être fabriqué en série. Ses collègues, invisibles, tarifient 5 dollars la danse de table alors que Christina, elle, se produit sur scène, habillée des mêmes vêtements d’écolière que Francis a gardé en mémoire lorsqu’elle était babysitteuse de sa fille. La trame que dirige Atom avec minutie est une alternance entre 30 secondes dans la vie d’un boutiquier qui vend des animaux exotiques (dont Francis est l’expert-comptable), 30 secondes de danse de Christina, et 30 de ce passé évasif. Exotica est l’exemple parfait du film qui dresse une barrière pendant 1h entre son contenu informatif et le spectateur. L’énigme, tentaculaire, ne prenant vie que tardivement, laisse un espace pour les amoureux du vide. De la matière pour les bars à la recherche d’un fond sonore et d’images d’ambiance, et pourquoi pas des clips pour les salles d’attente. Francis, fou, est cause de ce désarroi.

Sina Regnault

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