Bound des frères Wachowski

Petite amie d’un mafieux du Midwest, Violet (Jennifer Tilly) profite d’un confort matériel aisé mais ne semble pas s’épanouir. Lorsque Corky (la sublime Gina Gershon) emménage dans l’appartement d’à côté, elle voit en elle la liberté et la jouissance de son corps qu’elle n’a, hélas, jamais eu. Caesar (Joe Pantoliano) est un jour chargé du rôle d’intermédiaire entre deux millions de dollars et les chefs de la famille. La présence de cette mallette dans l’appartement est le point de départ d’un film à l’apparence de « pièce de théâtre », dirigée avec talent, et produite avec bon ton par le légendaire Dino de Laurentiis.

Derrière son côté « film des années 90 qui a l’air d’avoir vieilli davantage qu’un bon film des années 70 », Bound se révèle au contraire facilement abordable aujourd’hui, et simple à parcourir. Il reflète à merveille ce cinéma à la structure dit « organique », où les actions semblent avoir été façonnées en suivant à la lettre le manuel du scénariste de John Turby (consultant en scénario pour Disney, FOX, HBO). Il y a un plaisir ludique certain à plonger dans ce fait divers, comme face à un épisode d’une série télé de David Chase (proche de Joe Pantoliano, The Soprano). Pareil également aux codes d’une comédie de boulevard, Bound joue avec les indices, multipliant les enjeux en suivant une ligne réglée à la perfection, plan par plan, ou plutôt décor par décor, jusqu’à faire chuter les tensions dans un final rutilant. A la différence qu’ici, nous sommes au cinéma, et que le tombé de rideau est remplacé par une chanson de Tom Jones – She’s a lady.

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Pour le plaisir de son public, Bound ose également, entre deux pirouettes, nous présenter une scène d’amour homosexuelle entre Violet et Corky. Surement le premier émoi érotique de toute une génération de cinéphiles. Gina Gershon endosse ce rôle sexy de garçon manqué avec une aisance déstabilisante, inamovible face aux pulsations de l’intrigue, se montrant habituée aux embrassades entre filles, impénétrable, déterminée, autant que dans Showgirls de Paul Verhoeven, l’une de ses apparitions les plus mémorables.

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Quant à Joe Pantoliano, fan de Robert Duvall, italo-américain inclassable dans l’univers d’Hollywood à la fin du XXe siècle, son jeu ne peut être plus juste. Il est, dans la vie privée, l’authentique Tony Soprano : riche dépressif comblant son manque d’amour propre dans les plaisirs annexes. Sur scène, seul le rythme des coupes semble le retenir. Son texte n’est qu’une commodité dans l’accomplissement de Caesar. On lui doit beaucoup dans l’intérêt que Bound peut dégager. Autour de lui, vole en tourbillon toutes les préoccupations d’une vie à l’occidentale, déterminée par le fric, l’apparat, la reconnaissance, alors que lui, le personnage de Caesar, dirige tous ses actes vers une logique abrupte, étrange, mais une logique stable (parfois ridicule, globalement authentique).

Sina Regnault

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