Paterson de Jim Jarmusch

Laura (Golshifteh Farahani) vit à Paterson dans l’état de New York avec Paterson (Adam Driver), fan de poésie qui écrit ses pensées sur un petit carnet noir. Caché derrière un hommage à la poésie, et à cette ville où de nombreux artistes ont grandi, Paterson, le film, est une déclaration d’amour à  la vie quotidienne, parfois si belle si on sait l’observer, et si elle s’accompagne d’un côté romantique.

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Voir ou revoir Paterson au cinéma est un antidote au drama. Il permet à l’esprit de retrouver la tranquillité d’un dimanche et la quiétude d’une promenade en forêt. Jim Jarmusch signe avec cette œuvre à la fois un beau film et un film simple. L’histoire se résumerait sur un dessous de verre. C’est l’aventure anti-spectaculaire d’une semaine à Paterson. Une ville multiculturelle. Le court récit d’un conducteur de bus qui écrit des poèmes.
Les termes « simplicité » et « efficacité », ici réunis, ont rarement été aussi bien mis en valeur ces dernières années. Il faut aller à la rencontre du cinéma asiatique (Hou Hsiao-Hsien, Hong Sang-Soo), français (Eustache) ou autres (les possibilités sont ouvertes) pour retrouver une telle pureté et maîtrise dans le propos. C’est le parfait inverse du film Bound, notre article précédent. Ici, aucun enjeu bouillant n’est à inclure dans la narration, aucune théâtralité. Jim Jarmusch et Jean Eustache ont ceci de commun de vouloir raconter une seule histoire, sans altercations avec le drame, l’action thriller, ou le suspens nerveux, tout en échappant à l’ennui apparent, et donc à la lenteur (un élément pourtant si dense dans The Limits of Control).

La magie du rien

Jim Jarmusch filme le rien dans toute sa splendeur, le rien magique, pensif, tendant vers la poésie. Comme Eustache, ou comme l’écrivain français Jean-Jacques Schuhl : héros discret de la littérature, et comme d’autres dandys du passé, il préfère s’attarder sur une marque d’allumettes vintage : sur la profondeur d’un objet banal. Cela aurait pu être un briquet, un stylo (comme chez Schuhl – Entrée des fantômes), l’objet est au centre, et il propose un certain nombre d’interprétations, capables d’enjoliver le quotidien, voire de le rendre magique. Dans Paterson, la boîte d’allumettes contient peut-être la première allumette ayant allumé la cigarette de sa bien-aimée pour la première fois, lors de leur première rencontre.
L’idée est de sublimer un détail, le faire scintiller de la lumière des émotions. Tout est bon pour vivre cette poésie de la banalité : un carnet, une lunch box soigneusement organisée, une série de cupcakes noirs et blancs décorés d’un glaçage régulier. Adam Driver (Paterson) est pareil à Alexandre dans La Maman et la Putain, il observe son monde avec un atout dans la tête : la sensibilité, ce lieu où périt la morosité.
Golshifteh Farahani (Laura) en femme à son compte vendant des cupcakes, passionnée des couleurs noirs et blancs, offre également au film de quoi le chérir.  Un film avec des vertus médicinales, ombrageant les mauvaises ondes tel une œuvre d’art hors du temps. Sans doute son combat interne.
« Je veux faire des films qui désacralisent les moments les plus communs de la vie urbaine »
Andy Warhol à Pierre Restany.
A cela, Jim Jarmusch pourrait réagir par le contraste : je souhaite faire des films qui sacralisent les moments les plus anodins de la vie urbaine, ainsi que son côté routinier.
Sina Regnault
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