Break-up de Marco Ferreri

Mario (Marcello Mastroianni) est le propriétaire d’une usine de chocolat prospère dans le nord de l’Italie. Lorsque le moment douloureux arrive où il doit renouveler sa campagne de publicité, sa fiancée Giovanna (Catherine Spaak) est tristement mise à l’écart. Embourbé dans une opération créative insensée, Mario trébuche sur les chemins sinueux de la démence où les ballons rouges de sa campagne font œuvre de salut. Break-up, érotisme et ballons rouges est le titre français de ce film sorti en 1969 de façon très discrète, et dont la sortie italienne, 4 ans plus tôt, s’est faite sans guère plus d’exposition sous le titre suivant : L’uomo dei cinque palloni.

Un délire restauré en 4K

Pour l'amour du cinéma Marcello Mastroianni Break Up Marco Ferreri

La fondation Cineteca di Bologna, le Museo del Cinema di Torino, en collaboration avec Warner Bros, Massimo Sordella et Nuovo Imaie (Rome) sont à l’origine de ce travail admirable qui leur a permis, à tous, de repartir avec le Lion d’Or de la meilleure restauration à la Mostra de Venise en 2016.

La société de consommation, thème majeur critiqué avec bizarrerie par Marco Ferreri, dont les films La Grande bouffe et La Dernière femme semblent être aujourd’hui les plus connus, est un sujet sensible… Dans les années 60-70 (des décennies très politiques) nombreux ont été les réalisateurs à s’être moqués de ce mécanisme avec pugnacité. Cependant, à notre connaissance, Week-End (1967) de Jean-Luc Godard, pourtant jugé « grossier et caricatural » par le réalisateur lui-même, n’est pas parvenu à déclencher de colère similaire à celle présente lors de la sortie française de La Grande Bouffe.

Dans Break-Up, le côté délirant est certes moins obscène que dans La Grande Bouffe mais laisse cependant à l’esprit le même sentiment de malaise à l’égard de nos sociétés capitalistes.

Des ballons, un risotto et Milan

Mario a une obsession incompréhensible pour les ballons de baudruche de sa campagne publicitaire. Son souhait le plus cher serait qu’ils s’envolent dans les nuages de Milan tel un nappage divin, propageant le goût sucré de son chocolat jusqu’aux cieux – avec, au sommet de ce fantasme, l’image de la divinité des plaisirs croquant nonchalamment dans l’un de ses bonbons. Lorsqu’il rentre chez lui le soir, sa femme empathie de cette obsession. Désormais, sa présence est jugée comme secondaire. Elle s’ennuie. Son quotidien d’épouse d’un homme riche et jaloux l’empêche de sortir, ne serait-ce pour boire des verres. En tant que spectateur, la promesse d’une vague accalmie dans l’intensité de cette passion nous empêche d’y voir un mal. Et même, cette effervescence créative force l’admiration. Seulement, quand vient l’heure du risotto, rien ne va plus, les ballons sont invités à la table. Ce qui transforme cette obsession en fanatisme. S’ouvre alors la possibilité d’une dépression diagnostiquée dans l’esprit de Mario.

Sina Regnault

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