Je la connaissais bien… d’Antonio Pietrangeli

Après Du Soleil dans les yeux, Camélia Films revient cette année à la charge pour nous proposer un chef-d’œuvre d’Antonio Pietrangeli, celui-ci encore plus rare, dans une version restaurée, et une distribution de quatre salles parisiennes. Je la connaissais bien… raconte le chemin noir d’une femme traumatisée, se réveillant chaque matin dans les bras d’un nouvel homme, face à une ville inconnue, enchaînant les postures et les « métiers » différents, découvrant en même temps l’inutilité et la superficialité de chacune de ses actions.

Le Lourdeur de vivre

Je la connaissais bien Pietrangeli Pourlamourducinema (c) camelia films

Le programme annoncé est clair : la plage, les soirées dansantes, la douceur de vivre des années 60, tout cela sous le signe de l’espoir. Un espace-temps que la Cinémathèque de Bologne s’efforce de restaurer chaque année pour le plus grand plaisir des amoureux du cinéma.

Adri (pour Adriana, Stefania Sandrelli) évolue dans un cadre idyllique. Elle papillonne, fume, en embrassant, en gambadant comme un mannequin dans une publicité pour parfum, mutine, pétillante, mais intérieurement rongée par un dénigrement datant de l’enfance. Certains flashs lui apparaissent, connectés à des détails. Ce sont les seuls témoins de ce mal qui n’a pas de nom.

L’esthétisme d’Antonio Pietrangeli est roi. Adriana est filmée magiquement dans ce décor pourtant bien réaliste. Le plan de l’église rappellerait même certains polars italiens surfant avec l’érotisme. Et les plans de pleine lune argentée dans la mer, de bars de nuit similaires à ceux de La Dolce Vita, dissimulent tout à la fois une forte dépression, une perte des repères, et un climat d’angoisse de l’avenir.  Ils se posent en parfaits emballages visuels, esthétiquement scintillants, jouasses et fastueux, venant tour à tour se fracasser contre le constat de la médiocrité sous-jacente.

Je la connaissais bien... d'Antonio Pietrangeli Pourlamourducinema (c) camelia films

Je la connaissais bien... est aussi l’occasion pour Pietrangeli de témoigner sa haine du milieu du cinéma, ou plutôt celui des célébrités, qu’il exècre au point de déclencher le malaise, grâce à l’acteur génial, Ugo Tognazzi, avec lequel chaque instant est une pure leçon d’interprétation.

Adri sent bon. C’est une peau de pêche chauffée en nature comme dirait l’écrivain Philippe Sollers. Elle est un micro climat à elle seule. Le sel de la mer l’embellit. Tout l’inverse de Gigi (Tognazzi), ce personnage antipathique qui suinte dans son costume, peinant à remettre ses idées en ordre. Leur brève rencontre tâchera la rétine d’Adri pour toujours. La seconde partie du film annonce la fin immédiate de tout espoir pour le Dandysme en tant que métier.  Le milieu des stars est dur. La douceur de vivre est brutale, et sans une musique fellinienne l’accompagnant, c’est carrément un enfer. Le résultat peut tendre à l’incompréhension, à l’impression de gag cynique où chaque ange traine inlassablement son corps lourd. Ou au contraire, à l’émerveillement et la stupéfaction face à la justesse de la satire.

Visible dans les salles suivantes : Reflet Médicis (5e), Mac-Mahon (17e), Cinq Caumartin (9e), Sept Parnassiens (14e).

Sina Regnault

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s