[Cannes 2017] Faute d’amour d’Andreï Zviaguintsev

Genia (l’incroyable Maryana Spivak) n’aime plus Boris (Alexey Rozin) et souhaite en finir également avec son fils, Aliocha, âgé de 12 ans – qui sent comme son père apparemment. Désormais, le passé n’est plus qu’une erreur, une bavure, à rayer de la carte des souvenirs. Problème : cet éveil brutal de l’égocentrisme fera fuir le gosse, et il a bien raison, car il est la seule conscience rationnelle de la famille.

L’égocentrisme est une tendance à ramener tout à soi. Ceux qui en sont atteints se focalisent principalement sur leur propre intérêt, considèrent leur opinion comme la plus importante et se voient comme la personne à suivre et à admirer. Ils sont visibles sur Twitter, Instagram, Facebook. Leur confiance en eux est liée à leur nombre de mentions « J’aime ». Genia est l’ambassadrice de cette inclinaison. Son expérience de vie n’a été que tentatives d’expressions, d’exploits (faire un enfant) et d’échecs mis sous le tapis. Se séparer de Boris est une évidence dans la mesure où elle vise une catégorie sociale supérieure (un homme CSP+, dit-elle) pour continuer à « vivre, baiser et boire » et vomir accessoirement, puis renouveler ses pulsions égotiques. Boris aussi est un égocentrique, de même que la grand-mère, et sans doute le pays lui-même, nous dit le réalisateur, en tant qu’entité nocive, notamment dans ses choix de politique étrangère en Ukraine. Nous le sommes tous à différents degrés, donc. Faute d’amour.

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Délestée du tragique, la mécanique du film est mise à nu dans un enchaînement de scènes lumineuses, incontestables, qui s’invitent dans des cadres à la beauté directe et sans détour. De la scène d’ouverture au final évanescent, la nature est filmée par Andrei Zviaguintsev avec maestria, reliant la quête de l’enfant disparu avec celle de l’âme russe égarée dans le capitalisme triomphant. 

Prix du jury au Festival de Cannes 2017, Faute d’amour est le cinquième film du réalisateur russe. De 2003 à 2014, dans l’ordre, il est passé d’une peinture de la dépossession d’identité (Le Retour, Le Bannissement) à celle de la lente dissolution de l’amour : ElenaLeviathanFaute d’amour, où souvent les seules preuves d’affection proviennent d’étrangers.

Sina Regnault

 

 

 

 

 

 

 

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